HUILES ESSENTIELLES ET GROSSESSE

Huiles essentielles et grossesse: plus de peur que de mal!

L’utilisation des HE durant la grossesse demeure l’un des sujets les plus controversés et les plus débattus de la pratique de l’aromathérapie. Le sujet suscite de sérieuses craintes chez la femme enceinte et fait l’objet de nombreuses mises en garde. Cela nous rappelle les propos d’Ernest Hemingway quand les journaux lui avaient appris la fausse nouvelle de son décès! Il leur répondit que l’annonce de sa mort était grandement exagérée! Il en va de même pour l’utilisation des HE durant la grossesse. Les craintes et les mises en garde qui en découlent sont elles aussi grandement exagérées. Les faits et les données scientifiques ne les justifient pas.  S’il y a lieu, comme en toutes choses, d’être prudent, il n’y a pas lieu de s’inquiéter outre mesure.

On craint deux risques importants: la tératogénicité (1) et l’interruption de la grossesse (avortement).  Tératogénicité*  Ici on craint que certaines HE ou leurs composantes puissent provoquer des malformations, des anomalies ou la mort du fœtus. L’huile essentielle de Plectranthus fruticosus, qui n’est pas commercialement disponible, est la seule huile essentielle où un fort effet tératogénique a pu être démontré. Cet effet est dû à l’acétate de sabinyle présent jusqu’à 60% dans cette huile essentielle qui en contient plus que tout autre. Du 6ième au 15ième jours de gestation, après avoir administré à des rates enceintes, par voie perlinguale, des doses de 0,5 mg/kg, de 2,5 mg/kg ou de 5,0 mg/kg de cette huile essentielle, on a pu observer les effets tératogéniques suivants: microphtalmie (réduction des dimensions du globe oculaire) et anophtalmie (absence d’un ou de deux yeux).  Chez les souris cette huile essentielle s’est révélée toxique pour l’embryon occasionnant des malformations et de plus fréquentes résorptions. Les anomalies observées comprenaient des malformations au niveau des reins, du cœur et du squelette ainsi que l’anophtalmie.  D’autres huiles essentielles contiennent des teneurs élevées d’acétate de sabinyle, Juniperus sabina (20% à 53%), Juniperus pfitzeriana (non disponible) et Salvia lavandufolia (10% à 24%). On sait que Juniperus sabina s’est également avérée abortive chez les souris de laboratoire et a causé des effets toxiques aux embryons.

Des expériences de laboratoire pratiquées sur des embryons de poulet auxquels on a injecté directement certaines composantes comme le géranial, le néral ou le cinnamaldéhyde ont provoqué des malformations. Par ailleurs ces mêmes composantes, administrées à des rates, n’ont produit aucun effet tératogénique par inhalation et un léger effet tératogénique par voie buccale à des doses supérieures à 60 mg/kg. Rien de semblable n’a été démontré chez l’homme avec les huiles essentielles utilisées en aromathérapie.  Interruption de la grossesse  On a démontré que l’apiole et l’acétate de sabinyle, ainsi que les huiles essentielles qui en contiennent (Petroselinum sativum, Juniperus sabina, etc.) peuvent provoquer l’avortement.

L’effet abortif de l’apiole est confirmé chez la femme mais il faut un minimum de 900 mg d’apiole pendant 3 à 8 jours pour y parvenir. 900 mg d’apiole est l’équivalent de 6 ml d’huile essentielle de feuilles ou de 1,5-6 ml d’huile essentielle de graines de Petroselinum sativum.  Les résultats sont imprévisibles.  Dans l’un des six cas répertoriés la femme est morte après avoir avorté, une autre est morte avant d’avorter, trois ont avorté et ont survécu tandis que la sixième n’a pas avorté mais le fœtus n’a pas survécu. On relate le cas d’une femme qui consomma 6 gr d’apiole pendant trois jours, avorta puis qui décéda après avoir souffert d’hémorragies internes massives, de convulsions, d’oligurie et de fièvre. Ces réactions sont très caractéristiques des avortements provoqués par l’apiole.

Quant à l’acétate de sabinyle, qu’on retrouve en abondance dans l’huile essentielle de Plectranthus fruticosus (60%) et dans une moindre mesure dans les huiles essentielles de Juniperus sabina (20-50%) et de Salvia lavandufolia (10%), son effet abortif n’a pu être démontré que chez des souris de laboratoire. Il agit dans les 4 premiers jours de la gestation en empêchant l’implantation de l’embryon dans l’utérus. C’est plutôt un effet anti-fertilité qu’un effet abortif. Quoique les cétones soient potentiellement neurotoxiques à des degrés divers, aucune donnée scientifique ne permet actuellement d’affirmer que les cétones, et les huiles essentielles qui en contiennent, sont abortives. Par exemple Mentha pulegium contient de la pulégone considérée abortive. Cependant les recherches ont démontré qu’elle n’est pas abortive à moins d’en consommer des doses massives (30 ml et plus); de tels dosages sont hépatotoxiques et peuvent entraîner la mort suite à l’empoisonnement de la mère et son fœtus.  Il en va de même pour Ruta graveolens qui contient de l’undécanone et de la nonanone. Son action abortive ne se produit chez les lapins qu’à partir de 12 ml/ kg et chez les cobayes qu’à partir de 50 ml/kg, ce qui équivaut respectivement à 800 ml et 3,2 L chez l’homme!

Le camphre est une cétone qu’on retrouve en abondance dans Rosmarinus officinalis camphoriferum et certaines autres huiles essentielles. Selon les données actuelles, la neurotoxicité humaine du camphre pur se situe à 2 mg/kg/jour soit 140 mg/jour (6 gouttes) pour un homme de 70 kg. Cependant, à moins de dosages excessifs, il ne semble pas présenter de risque pour la mère et son fœtus.  Des rates ont toléré 1,000 mg/kg/jour et des lapines 681 mg/kg/jour sans le moindre effet perceptible sur leurs fœtus. Deux femmes ont consommé respectivement 45 ml et 57 ml d’huile camphrée (20% de camphre) pendant leur grossesse; malgré l’intoxication subie elles ont accouché de bébés tout à fait normaux mais qui exhalaient l’odeur du camphre! Une troisième a avalé 57 ml d’huile camphrée alors qu’elle séjournait à l’hôpital; elle fut gravement intoxiquée par le camphre, on lui fit un lavage gastrique; elle survécut mais pas son bébé.

En fait, il ressort à la lumière des données expérimentales actuelles que toutes les huiles essentielles réputées abortives inhibent des contractions utérines au lieu de les induire. Dans les cas où se produit l’avortement il est la conséquence de l’intoxication de la mère causée par l’ingestion de doses toxiques et souvent létales de ces huiles essentielles.

En conclusion, à part les exceptions ci-haut mentionnées, il n’y a actuellement aucune preuve que les huiles essentielles, utilisées conformément aux règles de pratique de l’aromathérapie, soient abortives ou présentent un risque de malformation chez le fœtus. Par contre les autres risques potentiels demeurent présents comme la neurotoxicité des cétones, la phototoxicité des furocoumarines, les réactions allergiques, etc.  Compte tenu de l’individualité biochimique et des variations individuelles, la prudence est toujours de mise d’autant plus que la grossesse est une période de grande vulnérabilité autant pour la mère que pour l’enfant à naître.

(1) Définition du mot tératogénicité: la tératogénicité est un effet indésirable potentiel de certains médicaments ; c’est la capacité de ces médicaments à provoquer des anomalies ou des déformations fœtales.
Références:  Robert Tisserand and Rodney Young, Essential Safety, Churchill, Livingstone, Elsevier, 2014 Ron Guba, Toxicity Myths – The Actual Risks of Essential Oil Use: http://www.agoraindex.org/Frag_Dem/ toxicitymyths.html

Votre Aromatogramme a été rédigé par Maurice Nicole, ND.A., Institut d’Aromathérapie Scientifique, inaroma.ca

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